Samedi 2 et dimanche 3 septembre 2006 – exercice secours spéléo – Gourette

Frédéric Hajduk, Henri Laborde, Henri Lalanne, Tony Lévèque, Laurent Loiselier, Serge Planès.

Rendez vous le samedi vers 10 h 00. Déjà les pompiers spéléo du département ont installé une tente, un camion radio (le PC) et une cabine de matériel technique pendant que nous, les spéléos, on discute, on se fait des cafés et on baille en se grattant sous les aisselles.

Ah il est beau le Spéléo Secours Français !

Vers midi, on casse la croûte, Laurent, Fred, Tony et moi, au milieu du parking.

Mais très vite les choses s’enchaînent, l’accident simulé est présenté, les équipes sont nommées, le timming d’intervention est exposé, chacun se prépare selon sa fonction et sa position dans la grotte.

La grotte de Ley. D’abord l’accès se fait le long d’un ruisselet jaseur, fort sympathique, puis très vite dans une forêt verticale. Tellement verticale que les troncs des arbres touchent la paroi.

50 mètres

plus haut, la gueule de la grotte est accessible en escalade, en haut d’un ravin sec, mais qui doit cracher quelque chose en cas de crue.

Pour ma part, je fais partie de l’équipe évacuation 1 (l’équipe des malins qui se couchent en premier théoriquement) Fred et Laurent seront de l’équipe évacuation 2. L’inconvénient, c’est que c’est aussi l’équipe 1 qui va le plus loin dans la grotte, au contact avec la victime, au plus profond de la cavité.

Chemin faisant, je rencontre les deux Henri(s) qui installent la ligne téléphone.

Notre équipe de 11 spéléos s’enfonce lentement dans les puits car nous perdons énormément de temps sur certains passages étroits où une autre équipe installe les agrès (poulies, autres cordes, tyrolienne…). Nous gelons de froid à chaque arrêt car un vent froid et vif nous glace les os à travers la combinaison humide de transpirationcivi_re_en_attente.

Pourtant le cheminement est absolument superbe. La galerie où nous avançons à quatre pattes est majoritairement un boyau rampant, sculpté de coups de gouges, témoignage inquiétant de l’activité hydrologique de la grotte. Glups !

Heureusement quelques puits et un lac magnifique rehaussent l’ensemble.

Aïe, la traversée au-dessus du lac,

20 mètres

en contrebas, suspendu à une corde tendue à l’horizontale, la fameuse main courante, nous fait suer sang et eau. Ouf ! Arrivés au bout, nous sommes accueillis par un point chaud (5 couvertures de survie qui forment une tente).

C’est là qu’ils nous annoncent que le plus dur est à venir. Le shunt. Le fameux shunt !

En fait, on apprend qu’en période de basses eaux, le lac se termine par un siphon (d’où la présence de plongeurs spéléos pour l’exercice) siphon qu’on peut « shunter » par le fameux shunt. J’ai dit « ha bon, ce doit être sec alors ? »

Funeste erreur, qu’ils me disent, en période de hautes eaux (printemps) la cavité est entièrement noyée, y compris l’endroit où nous sommes, re-glups !, y compris le shunt. Bon. Bonjour les étroitures dans la bouillasse et les ramping dans la mélasse.

Finalement, nous sortons de ce p…. de shunt et nous entamons le dernier tronçon extrêmement  joli, une large galerie remontante, nettoyée par la dernière crue.

Nous entrons en contact avec la victime présumée (jambe cassé) à 18 h 45 (nous sommes entrés à 15 h 00 dans la cavité). L’équipe médicale vient de terminer l’installation de la victime dans la civière et donc nous décidons le départ pour 19 h 00. Notre équipe prend la victime en charge, nous nous la passons de mains en mains et nous lui faisons parcourir le chemin inverse, jusqu’au « shunt ». Notre travail était censé se terminer ici, mais l’équipe 2, mal informée (problème de téléphone) était très en retard. Seuls au rendez-vous, nous décidons de continuer l’avancée de la victime au-delà du shunt. Le froid et la fatigue commençaient sérieusement à se faire sentir pour tous dans l’équipe.

Je passe sur la simulation du passage du siphon par les plongeurs et leur 40 kilos de matériel chacun. C’est un domaine plus technique, et en plus, on a rien vu car c’était très inaccessible.

Vers 21 h 00, en amont du lac, on rencontre l’équipe 2 pour passer le relais. Malheureusement amputée car Laurent était souffrant (vilaine toux) et Fred était réquisitionné plus haut pour aider à tirer la civière depuis le haut, à l’aide d’un balancier. main_courante

Un peu fatigué, je remonte, avec Laurent et une partie de notre équipe 1 qui était censé sortir en entier. Un salut amical à Fred en passant et à Tony puis on remonte tranquillement. Je sais qu’ils ont attendu et œuvré longuement à la remontée de la civière car, je crois, la communication avait du mal à passer entre les équipes et les donneurs d’ordre.

Quant à moi, arrivé au terminus, n’ayant pas très conscience de l’heure qu’il était, je fus très étonné de voir un sapin au beau milieu de la cavité. Après une minute de réflexion, malgré la fatigue, j’ai compris que j’étais dehors et qu’il faisait nuit.

Arrivé sur le parking, le temps de me changer, j’ai eu le bonheur de déguster un (ou deux) bol de garbure que l’ami Paulot (Paul Doumenjou) nous concocte chaque année maintenant. Merci Paul.

Je me suis endormi vers 2 h 30 du matin, Fred c’est couché à 5 heures.

Retour à la civilisation pour Fred et moi et vers nos familles respectives le dimanche aux alentours de 12 h 00. L’un a fait une petite sieste, l’autre a vomi tripes et boyaux.

J’espère que Laurent, lui, va mieux. Rho !!! Laurent, une coqueluche, à ton age !

Serge