Vendredi 30 janvier 2009 – Col de Tharta

Bon, chacun son trip.

Y en a, c’est rester la journée devant la télé, surtout ne pas louper un épisode de «

La Ménagère

de moins de 50 de QI », moi c’est aller balader.

Enrhumé comme un chien, je décide, contre toute sagesse, d’aller vérifier l’état de la cabane du col de Tharta en hivernale. La porte surtout…. Ouverte ? Fermée ?

Je me retrouve donc à 10 h 00 pétante au col de Heguichouria (Hegixuria), à Iraty,  toutes voiles dehors : bonnet, lunettes, guêtres, polaires et GoreTex®, plein de solitude mais plein de certitude.

Me voilà parti. Dès le départ je double ou je croise (selon qu’ils montent ou qu’ils descendent) 3 ou 4 skieurs de fond, dont l’une sur le cul d’ailleurs.

Très vite, tout petit point rouge au milieu de ce paradis blanc, je me repasse en boucle quelques scènes du film « Le dernier Trappeur ». Que celui qui lit ces lignes ose me dire « le dernier des couillons, oui ! »
S’il savait comme le bonheur tient à peu de choses.

Testament : Ma dernière demeure : vieux et seul en montagne.

Bref. Plus haut encore, en approchant des crêtes de Pellusegagne, le vent et le froid prennent en étau mon petit corps meurtri. Plus haut encore, de la neige jusqu’au mollet malgré mes raquettes, mes petits pieds, tout aussi meurtris, me téléphonent par télépathie pour me rappeler d’acheter au plus tôt une nouvelle paire de chaussures de haute montagne. Des étanches de préférence. Celles-ci prennent l’eau de plus en plus vite. Gloub, gloub, mes 10 petits orteils apprennent à nager au début, puis jouent au brise-glace dès la redescente vers les cabanes d’Ibarondoua où la couche de neige atteint un bon mètre par endroits.

Plus j’avance, plus j’hésite à continuer car le temps passe et ça fait bien 2 h 30 que je joue avec mes raquettes. La neige est lourde.

Au final, j’atteins la cabane de Tharta pour constater que la porte est cachée sous une congère de plus de

2 mètres

de neige. Impossible d’atteindre la serrure pour voir si elle est cadenassée ou pas. Tout ça pour rien. Damned et saperlipopette !

Demi-tour. Je remonte un peu vers les crêtes de Millagate pensant pendre le raccourci observé ce matin. Je casse la croûte à la cabane en tôle qui subsiste là, mais le vent se lève de plus en plus. Le vacarme est assourdissant dans ce piège de métal. J’expédie mon déjeuner et reprends ma trace. Le vent est tel, à la crête, que je renonce à emprunter le raccourci car je tiens à peine debout à cause de la prise au vent du sac à dos. En plus le tracé est pentu plein Est et en dévers dans de la neige douteuse, molle et lourde. Je suis tout seul là haut, et j’ai 4 enfants plus une femme qui m’adorent, plus mes amis, mes élèves.

Je reprends donc prudemment mon ascension en repassant par les traces de l’aller, non sans récupérer au passage 4 ou 5 lambeaux de ma carte IGN qui c’était arraché de mon sac lors d’un coup de vent. A ce propos, si un ingénieur de l’IGN lit ce compte rendu, je lui soumets une idée géniale pour compacter efficacement une carte IGN 25.000 ème : laisser tremper des bouts de carte dans la neige une à deux heures, puis compacter fortement la bouillie dans une main pour former une boule capable de rentrer dans une poche.
Au retour à la maison, défaire soigneusement la bouillie, décoller un à un et séparer les morceaux puis passer le fer à repasser. Résultat garanti.

Parvenu enfin au col de Leherra Murkhuillako, je sais qu’il ne me reste plus que 2 heures de galère. Je ne sens plus mes pieds.

Dès que la neige disparaît au bord de ce qu’il reste de piste, je quitte les raquettes pour faire bouger mes orteils. Me pardonneront-ils un jour toutes mes folies ? Je ne leur en voudrais pas si un jour ils me laissent tomber.

Vers 15 h 30, la voiture. J’ai tellement mal aux pieds que je conduis pieds nus pour ne pas mettre de chaussures. Retour à Garazi où une bonne douche me réconcilie avec la civilisation.

Tout en me grattant sous les aisselles que je viens de savonner, je bénis celui qui a inventé l’eau chaude.


SergePhoto003