CoueyLodgeGouffre du Couey Lodge - Pierre St-Martin - Samedi 27 février 2010

Xynthia sous la douche

Participants : Alexis, Olivier, Stéphane, Mathieu, Alexandre

J'en ai vu des sorties mais des comme ça, jamais ! Et puis quand ça commence, ça ne s'arrête plus. La recette : une météo exécrable : du froid, de la glace, du vent, un bon redoux, de l'eau à gogo, un joli gouffre mais salement arrosé, une équipe de joyeux drilles et trois kilos de nouilles pour 3.
On s'était promis de se coucher tôt, de bien se reposer pour être affuté le lendemain mais la joie de se retrouver depuis si longtemps, du bon Bordeaux font qu'à deux heures on continuait à danser sur les tables... Bref, 5 heures après, réveil et départ avec un peu de retard. Nous récupérons Stéphane à Tardets puis direction la Pierre. Le temps est à la pluie, puis à la grosse averse tandis que le vent souffle fort. Rien de ce qu'avait prévue la météo ne correspond mais le coup de vent est pour demain. Garés en bord de route au niveau du trou, nous sommes dubitatifs quant à la descente dans le gouffre. L'expression "pluie sur neige" est annonciatrice de crues, de beaucoup d'eau dans les puits. Nous nous tâtons pendant près d'une heure, pour ma part je milite en faveur d'une partie de tarot au coin du feu du bistrot le plus proche. Mais au bout des négociations je me range à l'avis général qui est de tenter la descente des puits qui ne risque pas grand chose si ce n'est quelques goutelettes et ensuite de voir au fond... Bon ça me parait sage mais je râle pour le principe car je sentais déjà la chaleur du feu du poële.
CoueyLodge01A la place, on s'équipe sous une pluie battante, l'accès au trou dans la neige fondante jusqu'aux genoux ne rebute ni Alexis ni Stéphane qui partent devant équiper les puits. Tout le puits d'entrée est tapissé de neige, plus bas ce sont des grosses stalagtites et des coulées de glace qui nous accueillent : c'est une ambiance de spéléo très hivernale ! Le trou aspire fort et ça caille dans les passages étroits. Alexis et Stéphane se relayent à l'équipement et ça avance vite. Quelques petites frayeurs pour Alex dans le P. 50, du merdoyage aux fractios mais nous continuons vaille que vaille. Ca commence quand même à mouiller dans les puits, les bas du P. 50 et du P. 60 sont copieusement arrosés et l'eau coule de partout.CoueyLodge02 Nous franchissons le méandre qui est très étroit au début et qui dure : à quatre pattes dans l'eau et parfois à l'égyptienne : je me demande tout à coup ce que je fous là ? Je commence à regretter la partie de tarot mais c'est trop tard, on est tous dans la même barque. Ramping, oppositions, escalades, désescalades jusqu'à arriver au dernier petit puits avant la salle du Réchaud. L'ambiance est devenue tellement aquatique qu'une cascade d'eau est là qui se déverse généreusement... Stéphane installe une corde avec une déviation pour éviter la cascade mais la fin se fait sous des amas d'eau. Nous descendons tous un par un tandis que Stéphane et Alexis tirent la corde du bas pour nous faire éviter la douche intégrale. A ce moment là de la cavité nous sommes tous bien détrempés et nous sommes heureux d'arriver à cette salle du Réchaud à - 304 m. Il est 16 heures et nous sommes affamés. CoueyLodge03Nous ouvrons le bidon étanche et sommes étonnés de voir la quantité de nouilles que nous avions préparés la veille au soir : on peut rester deux  jours sous terre sans se rationner tellement qu'il y'en a !! Alexis a la bonne idée de préparer une soupe, du thé, du café bien chaud ce qui fait un bien fou à tout le monde. De quoi se ravigorer avant d'aller affronter le pire qui est à venir... Tout d'abord la cascade du P. 10 qui nous remet dans l'ambiance glou-glou, dommage pour Alexis qui est le dernier et qui n'a personne pour lui tendre la corde ! Puis de nouveau étalés dans l'eau du méandre et enfin la base des puits. J'ai la bonne idée de dire à Alex que la flotte c'est fini, maintenant on sera au sec. J'aurais mieux fait de tourner 7 fois mon descendeur avant de parler. En haut du P. 50, sur la vire, j'en profite pour vider l'eau de mes bottes et essorer mes chaussettes et c'est fou comme ça réchauffe les pieds ! Alexis et Stéphane sont partis devant, monter 2 kits chacun, en haut du P. 60 pendant que je surveille Alex aux fractios et que Mathieu déséquipe derrière. En bas du P. 50 je croise Alexis qui est redescendu et qui m'annonce que le P. 60 est particulièrement humide : doux euphémisme pour désigner une énième douche, l'eau ruisselle dans le cou et le long des bras, je gueule comme un putois en me reposant cette éternelle question : qu'est-ce que je fous là ? Dans le P. 60, je récupère un second kit, Stéphane aussi tandis qu'Alexis remplace Mathieu au déséquipement. Je parts devant, la glace est toujours là près de l'entrée mais elle se dissout en fines pisserolles et la neige dans le puits d'entrée a elle aussi bien fondue. Dehors il y a un vent à décorner les bœufs mais désormais je n'ai plus qu'une idée en tête : me changer ! La lune illumine la nuit tandis que les nuages filent à toute vitesse chassés par les bourrasques de vent, je retrouve les clés de la voiture et peux quitter tout mon fourbi détrempé : quelle joie ! Stéphane arrive peu de temps après et lui aussi, comme les autres, est content de retrouver ses affaires sèches. Quand tout à coup des gendarmes s'arrêtent et nous demandent ce que nous faisons là. Nous leurs disons que nous sortons de spéléo et que nous attendons le reste de l'équipe qui ne devrait pas tarder à arriver. Ils nous disent que   nous ne devons pas rester là, que c'est le Plan rouge, que les vents soufflent à plus de 200 km/h en haut de la station de la PSM. On leur assure que ce matin il n'y avait pas d'alerte et que sous terre on n'a pas senti le vent et puis ils repartent... Nous sommes loin de nous douter de ce que nous allions trouver plus bas sur la route et dans la vallée ! Vers minuit nous voila partis par la route de Ste-Engrâce mais un gros hêtre nous barre la route : demi tour, on va descendre par Arette. Plus bas on commence à se dire que nous avons loupé un épisode aujourd'hui : des arbres arrachés par dizaine, il faut enlever les branches pour passer, des blocs de pierre par ci par là et puis les fils de téléphone au milieu de la route à Arette, des tuiles, des ardoises, des panneaux de signalisation à l'envers, le toit d'une maison arraché à Lanne, le feu dans la montagne à Montory et des arbres qui continuent à tomber. C'est beaucoup pour une seule journée ! Arrivés chez Stéphane, il manque quelques tuiles sur son toit et pas d'électricité. On se restaure à l'acétylène et au lit. Le lendemain le soleil est radieux, nous rangeons tout le matos, la bonne nouvelle c'est qu'il n'y a rien à laver : tout est propre voire plus qu'avant la sortie ! CoueyLodge04On aide Stéphane à remettre ses tuiles et on apprend à la radio que la tempête qui a sévie s'appelle Xynthia et a fait des ravages sur la façade atlantique, qu'il y a beaucoup de dégâts et des morts... On a du mal à s'imaginer tout ça alors que nous étions coupés du monde sous terre à prendre tranquillement notre douche... froide ! Pour une sortie mouvementée, on a été servi et finalement je ne regrette plus la partie de tarot !
Olivier