PHOT0767 Behiako lezia - 14/15 avril 2012

Participants : Serge, Fred A., Gilen, Nicolas, Iban, Olivier

Une sortie est programmée depuis quelques temps déjà pour aller au tréfonds des entrailles de la Vache. Les objectifs sont nombreux, mais dépendants des effectifs que nous aurons réussi à appâter : continuer à chercher un passage vers l'affluent Ouest, fouiller la galerie des Charentais, remonter la rivière de la Hoya, trouver le Graal : la jonction avec la Pierre St-Martin en passant par Mendilaz, les Arbailles... Bon, là je m'égare, d'autant que c'est assez facile de se perdre dans ce dédale de galeries.

Donc on se retrouve tous le samedi matin au local du club, montée des couleurs, quelques pompes pour se détendre mais au final nous ne sommes que six à relever le défi, d'autant que le temps est mauvais et c'est un euphémisme ! Il pleut, il vente, il neige sur les hauteurs du massif, bref, rien d'encourageant à l'idée de se mouiller pendant deux jours à - 500 m et dans l'obscurité totale.
A l'entrée du gouffre, le constat est le même que dans la vallée sauf que la Nive de Béhérobie reste très basse pour la saison et coule clair. Les prévisions météo pour les 2 jours sont épouvantables : pluie, orages et neige en altitude, il ne manque que la peste et des nuées de criquets au tableau !

Photo0202-1Vers 11h30 nous nous jettons tous dans la gueule béante du gouffre, il aspire fort comme nous le verrons à différents endroits lors de la descente. Les puits sont secs, pas d'eau dans le P. 25 du début, très peu dans le P. 44 plus bas, surtout avec l'équipement hors-crue réalisé par nos amis du SC Baudreix.
Nous mangeons un bout dans la salle des Pas perdus puis nous repartons vers le bivouac en refaisant un balisage efficace à l'aide de tiges phosphorescentes à l'usage des rayons de vélo dégoté par Philippe. Maintenant on peut voir de loin en loin le balisage ! Nous retrouvons le campement trois étoiles, attention à ne pas laisser la toile de tente fermée pour les prochains qui descendront car ça moisit plus vite ! Nous buvons un petit café et discutons des objectifs de la journée qui nous attends : personne n'a vu le Colorado exceptés Serge qui s'est arrêté au Carrefour du Gypse et moi à la rivière de la Hoya. Donc nous décidons de nous y rendre, au retour si on se sent en forme on ira équiper la suite laissée par Thomas et son équipe dans l'Affluent Ouest.
L'entrée dans le Colorado est toujours fabuleuse avec son sable, ses dimensions et son gypse qui colore de blanc ses parois, Serge et moi montrons le réseau du Givrana et des Moustaches d'Alfred et là, stupéfaits nous voyons partir comme des balles nos trois jeunes sangliers fous pour voir la suite des galeries alors que toute la beauté et la finesse des concrétions sont à l'entréePHOT0785. Au final, nous ne savons même pas si ils ont aperçu une concrétion de gypse ! Après le carrefour, je retrouve avec joie mon flash photo perdu lors de ma dernière venue en janvier avec Jean-Michel O., Olivier, Stan et Alexis ; et il fonctionne. Les gros volumes nous amènent progressivement toujours plus bas. Des "Ohhhh", des "Haaaa” ponctuent la découverte de ces lieux fabuleux, c'est vrai que c'est particulièrement chouette !
Au siphon terminal (- 569 m) il n'y a pas de mousse de crue sur les parois, les trop-pleins sont secs par rapport à notre dernière intrusion en janvier. Direction la rivière à travers les "tubes", c'est à dire les petites conduites forcées qui s'entremêlent les unes aux autres pour déboucher dans la rivière de la Hoya. Beaucoup de bruit dans cet espace confiné mais je le répète, beaucoup moins d'eau aussi que la fois précédente. Il faut dire que les mois de février et mars ont été particulièrement secs. Je veux faire un raid éclair à l'amont de la rivière pour repérer l'accès au fossile car sur la topo j'ai vu une cascade de 10 m et je voudrais savoir si il y a besoin de matériel pour une prochaine venue ou si elle est évitable. Mais une vasque d'eau nous barre le chemin et c'est trop glissant pour tenter un passage en oppo, je propose de se déshabiller et d'y aller voir comme ça. Seul Gilen est volontaire : nous posons nos affaires et partons pieds nus dans nos bottes et vêtus de nos sous-combinaisons remontées aux cuisses : l'eau est glaciale et très vite nos sommes bloqués par des blocs, nous escaladons mais Gilen s'ouvre légèrement le genou sur la roche acérée. Nous nous arrêtons, Gilen affirme que ça passe mais sans savoir ce qu'il y a derrière.
L'idée de faire les zouaves dans cette rivière alors qu'en surface il doit pleuvoir à verses, nous calme nos ardeurs et faisons demi-tour non sans aller voir au préalable le petit affluent qui se jette dans la rivière. La galerie se ferme très vite mais l'eau qui en coule est trouble, il est temps de quitter cette zone active qui a la capacité à se noyer entièrement.
En haut et au bout de la grande galerie qui s'achève et qui surplombe la rivière nous sommes surpris de trouver un bout de rubalise sur l'autre paroi après un pont rocheux douteux : est-ce là l'accès à la rivière par un rappel d'un vingtaine de mètres ? Encore une question à poser aux premiers explorateurs des années 80.
Nous rejoignons les autres, partis nous attendre devant l'entrée de la Galerie des Charentais, Iban et Nicolas partent devant, passent le passage étroit désobstrué et s'arrêtent devant une trémie passablement instable. Piqués par l'envie d'aller voir à quoi ressemble le terminus, Gilen et moi continuons de progresser dans ce chaos fossile avant d'arriver dans une galerie aussi volumineuse que le Colorado et à notre grande surprise ça continue et beaucoup plus que la topo que nous avons entre les mains ! A une bifurcation nous allons tout d'abord à gauche mais la galerie se pince, bouchée par la terre, pas de courant d'air. La branche de droite continue, nous montons et à chaque virage nous croyons voir la fin et surprise il y a un passage qui nous amène à un autre, nous ressentons un courant d'air sensible dans cette branche puis nous arrivons dans une salle où l'humidité est présente, la nature de la roche a changé, d'un gris sombre mais pas de suite. Un flèche au noir de lampe nous indique une suite (?) improbable, c'est vraiment très colmaté.PHOT0808 Nous nous dépêchons de rejoindre les autres qui nous attendent à l'entrée, il serait intéressant de fouiller méticuleusement à cause de ce courant d'air présent.
Nous avons oublié de prendre de l'eau à la Hoya et nous tirons la langue, bien entendu le Colorado est un désert et la fatigue et la faim commencent à se faire sentir.
Dès les premières gouttes de flotte de la zone de la Béance, c'est la ruée sous la moindre pisserole pour se désaltérer ! Nous constatons qu'il y a plus d'eau qui ruisselle des parois et des plafonds, l'impression se précise lors du passage devant la galerie de l'Affluent Ouest qui gronde, nous n'irons pas de côté là ce week-end. Au camp, ce même affluent a gonflé et le grondement a grimpé en volume sonore ! La nuit sera rude pour ceux qui ont oublié les bouchons pour les oreilles, les ronronnements des ronfleurs seront de doux gazouillis en comparaison !
C'est l'heure du repos des braves, chacun sort ses spécialités, les bidons en regorgent.PHOT0775 Iban nous sort une bouteille de vin, il faut fêter trois records de profondeur : Iban, Nicolas et Fred et un anniversaire de mariage plus mon départ du Pays basque vers d'autres horizons professionnels vers la Dordogne ! Mais tout le monde se jette dans son duvet aussitôt alors que nous sommes tellement bien là à regarder les étoiles, Iban et moi discutons sans voir le temps passer, alors que Serge lui le voit passer à nous entendre. Il est déjà tard, on tire le rideau dans un sommeil de brute sans rêve.
PHOT0777Le matin, c'est la vengeance, les plus matinaux nous réveillent, ils veulent commencer à remonter. Fred, Gilen et Serge partent devant tandis que nous reconditionnons tout le bivouac et les affaires qui y restent. Liste du bivouac, flotte, dernière clope et c'est parti avec plus d'une heure de retard avec les premiers.
Les débuts sont durs, les articulations rouillées et la chaleur nous rattrape dans l'ascension de la Grande Trouée. Pause eau dans la salle des Pas perdus, Nico et Iban prennent la tête mais partent dans le réseau du Ziloko, c'est tellement plus engageant que l'étroiture mais ça n'est pas le bon chemin pour ressortir !
Au P. 44 nous avons rattrapé les autres, il est 12h30, nous faisons une pause bouffe en haut du puits et nous reprennons la pénible remontée des 400 m de puits qui, à certains endroits sont plus arrosés que la veille comme au P. 25 avant la sortie.
Enfin le P. 72, en haut, c'est la porte vers la sortie, amarrés à la tête de puits, ma lampe commence à merder, il va falloir que je pense sérieusement à acheter des nouveaux accus quand je vois une lumière venant du haut et qui m'illumine : c'est lui, notre Sauveur ! Alexis est venu à notre rencontre, nous sommes contents de le retrouver il nous annonce que dehors c'est la cata : il neige il vente, il pleut. Rien n'a changé depuis hier et rien d'étonnant non plus à ce que nous ayons eu une crue la veille.Photo0210 Les trois premiers sont au chaud dans la voiture, le plus dur reste à faire : se changer dans les bourrasques de vent chargées de neige fondue : c'est pire que l'eau glaciale de la Hoya ! Nous sirotons une savoureuse bière en attendant d'être au complet avant d'aller en boire une autre au sec chez moi. Merci Alexis ! Dans la vallée nous constatons que les niveaux d'eau ont bien monté, l'eau de la Nive est trouble à partir d'Estérençuby. Une bonne sortie malgré des conditions météo difficiles et beaucoup d'objectifs à atteindre pour les prochaines incursions, une vie n'y suffira pas ! Allez courage !
Photo0209Olivier